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Le « Lagocephalus Sceleratus », poisson dangereux, envahit les mers de la Tunisie

Ecologie, Environnement, Santé | | juin 9, 2011 at 12 h 40 min

 

Dernièrement, le Lagocephalus Sceleratus nommé  le poisson « Ballon à Bande argentée », un poisson toxique et dangereux, se répand à un rythme rapide en Méditerranée. Ce dernier est détecté et a été pêché récemment dans les mers de la Tunisie.

La Méditerranée est une mer d’une grande importance d’un point de vue naturel et humain. Sa faune représente à la fois une biodiversité riche et une ressource intéressante pour l’activité de pêche au niveau mondial. Cependant, cette faune, appelée faune native, évolue par l’arrivée de nouvelles espèces, appelées espèces exotiques. Ce phénomène d’invasion ne concernait que la faune issue de l’Atlantique (qui colonisait la Méditerranée par le détroit de Gibraltar) jusqu’à la construction du canal de Suez en 1869.

Il existe depuis les 3 dernières décennies une indéniable accélération du nombre d’espèces lessepsiennes, avec la découverte chaque année de nouveaux envahisseurs arrivant par leurs propres moyens (c’est le cas des poissons avec 75 espèces lessepsiennes connues entre 1869 et 2009) ou via les bateaux pour les invertébrés sessiles.

Deux exemples doivent être soulignés. Tout d’abord, il faut évoquer le cas des poissons lapins du genre  Siganus  avec deux espèces lessepsiennes :  Siganus luridus et Siganus rivulatus. Ces deux herbivores stricts ont tendance à éliminer par concurrence directe alimentaire le seul herbivore local qu’est la saupe Sarpa salpa. Ils se sont tellement bien adaptés à la Méditerranée orientale qu’ils constituent désormais les poissons les plus abondamment capturés dans  certaines régions du Liban, d’Palestine ou de Syrie. Dans  ces pays, les poissons lapins sont désormais consommés avec un inconvénient de taille. Tout comme l’autochtone saupe, ces poissons sont  susceptibles d’accumuler des toxines de macro algues à l’origine d’un syndrome hallucinatoire connu depuis l’antiquité et portant le nom barbare d’ichthyo-alléinotoxisme. Plusieurs observations de telles intoxications spectaculaires attribuées aux deux taxons de poissons lapins ont été rapportées au Proche Orient. Par ailleurs, les poissons lapins possèdent aussi un appareil venimeux avec certains rayons des nageoires dorsales reliés à des glandes à venin. Les piqûres sont douloureuses mais les symptômes restent moins intenses que lors des envenimations par vives ou rascasses. Les poissons lapins sont donc à la fois venimeux et vénéneux. Siganus luridus a été pour la première fois identifié en Méditerranée en 1956. Son expansion géographique vers l’ouest est cependant assez récente (premiers spécimens en Tunisie en 1971).

 

Le second exemple concerne le tétrodon  Lagocephalus sceleratus arrivé depuis peu en Méditerranée. Tout comme ses cousins les fugus, ce poisson est totalement impropre à la consommation car ses viscères et sa peau sont riches en tétrodotoxine. Les pêcheurs de Méditerranée ne connaissent pas cette espèce qui est désormais prise régulièrement dans les filets dans toute la partie orientale de cette mer (notons qu’il existe en Méditerranée un tétrodon indigène observé de façon sporadique car principalement atlantique : Lagocephalus lagocephalus, tout aussi toxique, mais très rarement pêché car c’est une espèce pélagique rare des côtes marocaines à libyennes). Depuis peu, plusieurs observations d’intoxication sévère et quelques décès ont été rapportés en Israël, au Liban, en Turquie et en Grèce après consommation de ce nouvel envahisseur redoutablement toxique.

Les autorités locales doivent agir pour faire face aux problèmes engendrés par la propagation de cette espèce dans nos mers, des problèmes tant sanitaires qu’économiques, voire même commerciaux :

Impact économique : L. sceleratus est très agressif, il peut couper les lignes à l’aide de ses quatre dents (caractère distinctif de la famille Tetraodontinae). Ces poissons peuvent engendrer jusqu’à 80% de pertes des prises (pêcheurs de Rhodes com. pers). Face à ce problème, les pêcheurs adaptent leurs techniques de pêche en utilisant, par exemple, des lignes en acier. De plus, L. sceleratus se nourrit parfois des poissons pris dans les filets ou à l’hameçon, ce qui engendre des pertes économiques pour les pêcheurs. En situation de stress, ce poisson a la capacité de gonfler, s’emmêlant ainsi dans les filets, il entraîne une perte de temps et d’argent pour les pêcheurs.

Impact sur la santé publique : Ce poisson est très toxique (toxine :TTX tétrodoxine). il est très vénéneux, sa consommation provoque la mort en 8.

Impact commercial : Du fait de sa toxicité, il est difficile pour les consommateurs de ne pas s’inquiéter lors de l’achat de poissons en vrac, ce qui a entraîné une diminution (non quantifiée) des ventes.

 

Étant donné que ce phénomène doit être traité au niveau communautaire, qu’il ne concerne pas seulement la protection de la biodiversité mais aussi les politiques de la recherche, le voisinage, les autorités locales pourraient – elles répondre aux questions suivantes :

Quelles initiatives comptent-t-elles prendre pour parvenir à l’élaboration et à l’adoption d’une stratégie visant à faire face aux espèces envahissantes nos mers, et pour limiter les conséquences de ce phénomène? Quelles mesures complémentaires ont elles l’intention de prendre?

 

 

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