Boire de l’eau dans les bouteilles de plastique est-il dangereux ?
Dans la mesure où les denrées alimentaires, spécialement les liquides, sont contenues dans des récipients plastiques issus de l’industrie de la pétrochimie le consommateur se pose des questions: Y’a-t-il interaction entre l’aliment et les composés chimiques du récipient ? Des substances toxiques peuvent-elles migrer de la bouteille vers le liquide ? …
Ainsi, des études ont été menées afin de rendre compte du réel danger des récipients en plastiques. Une équipe de scientifiques américains de l’Université de Cincinnati (Ohio), dirigée par le professeur Scott Belcher, révèle dans une étude publiée dans le Journal of Reproductive Toxicology que certaines bouteilles en plastique libèrent du Bysphénol A, un produit chimique toxique, et plus particulièrement lorsque le récipient est chauffé. Pas de panique pour autant ! Selon cette étude les bouteilles en plastique destinées à l’eau minérale ne sont généralement pas concernées. En revanche, les boîtes en plastique destinées à la conservation des aliments peuvent l’être.
Une autre enquête a été menée par Santé Canada le ministère fédéral qui aide les Canadiennes et les Canadiens à maintenir et à améliorer leur état de santé.
Le bisphénol A (BPA) est utilisé comme intermédiaire dans la production de plastiques polycarbonates et de résines époxy. Le polycarbonate est utilisé dans des récipients d’entreposage de denrées alimentaires tels que des biberons, des bouteilles d’eau et des contenants d’eau. Il est notamment utilisé pour durcir les plastiques et les rendre transparents. L’objectif de cette enquête consistait à estimer le taux de BPA présent dans les produits d’eau embouteillée afin de mettre à jour l’évaluation de l’exposition au BPA au sein de la population canadienne.
Dans le cadre de cette enquête, en avril 2008, 54 différents produits d’eau embouteillée commercialisés sous 21 marques de 16 entreprises ont été achetés dans des magasins d’Ottawa. Ces produits étaient représentatifs de types divers tels que des eaux minérales et des eaux de source aromatisées et non aromatisées, gazéifiées et non gazéifiées.
Après extraction, l’analyse est faite par GC/MS. Le seuil de détection de la méthode (SDM) était de 0,5 µg/l. Au total, 68 échantillons prélevés dans 56 produits d’eau embouteillée ont été recueillis, deux sous-échantillons issus de chaque échantillon.
Les résultats de cette enquête indiquent sans équivoque que l’exposition au BPA par la consommation d’eau embouteillée serait extrêmement faible. Les faibles concentrations de BPA décelées dans les produits d’eau embouteillée dans des contenants de polycarbonate vendus au Canada confirment la conclusion de l’évaluation antérieure selon laquelle on ne s’attend pas à ce que l’exposition actuelle au BPA par la voie alimentaire présente un risque pour la santé chez la population en général.
Ce qu’en disent les scientifiques
Pour la Food and Drug Administration (administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments) et l’industrie du plastique il n’y a aucun risque quand le Bisphenol A est libéré à de faibles niveaux. Dans le Smart Plastic Guide, de l’Institut de l’agriculture et des politiques commerciales (Institute for Agriculture and Trade Policy, organisme indépendant) on apprend que sur les 111 études réalisées sur des animaux, 81 % ont démontré des effets nuisibles sur la santé même à de bas niveaux d’exposition au BPA. D’après ces études, le bisphénol A serait un perturbateur endocrinien, c’est-à-dire qu’il serait capable d’imiter ou de perturber les hormones – dans ce cas-ci, les œstrogènes. Et l’exposition à des perturbateurs endocriniens peut entraîner certains types de cancer. Ainsi le bisphénol A pourrait favoriser le développement de cellules à l’origine du cancer du sein de l’humain et des souris ; réduire la fertilité chez le rat ; altérer le fonctionnement du système immunitaire, entre autres effets indésirables. « Même des bas niveaux d’exposition ont un effet sur les neurones et le comportement », a expliqué le Docteur Gilbert Ross, de l’American Council on Science and Health (Conseil américain de la science et de la santé) sur la chaîne télévisée américaine MSNBC.
D’après la revue Scientific American, les chercheurs de l’université de Cincinnati ont relevé que le niveau d’exposition au BPA est au moins 10 fois supérieur au niveau considéré comme étant sûrs par l’EPA (Environnmental Protection Agency). En 2004, le Centre de contrôle et de prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) a trouvé des traces de BPA dans les urines de 93 % des échantillons testés. Du BPA a même été relevé dans le sang de femmes enceintes, dans le cordon ombilical et dans le placenta à des niveaux qui ont tous révélé une altération du développement chez l’animal.
Plus inquiétant encore, les nourrissons sont les plus exposés à la substance car certains biberons en plastique et d’autres récipients destinés à l’alimentation des enfants rejettent du BPA jusqu’à des doses 55 fois plus élevées lorsque le récipient est chauffé.
Par Zeineb Ben Ismail
Mots clés: bouteille, Bysphénol A, Eau, plastique, substance toxique
